Le théorème d’Holbecq
Par RST le mercredi, 4 avril 2012, 20:57 - Macroéconomie - Lien permanent
Après le Théorème de Lordon, dont je vous avais donné la démonstration
ici, et qui disait en substance qu’un secteur bancaire privatisé n’est pas
tolérable, je vous propose maintenant le Théorème d’Holbecq.
Ce Théorème peut être énoncé de la manière suivante :
Sa démonstration se trouve notamment ici et il peut être résumé par la formule lapidaire : ce n’est pas le fric qui manque !Si une collectivité a:
1 – un besoin (collectivement souhaitable),
2 – la volonté de le satisfaire,
3 – les moyens techniques et énergétiques,
4 – un excès de main d’œuvre et le savoir-faire,
… l’impossibilité souvent alléguée du manque de financement est une mauvaise excuse car une vraie richesse résultera d’une création monétaire éventuellement nécessaire pour la réaliser. Il faut évidemment par la suite « détruire » cette monnaie; l’impôt y pourvoira par remboursement progressif d’une dette sans intérêts (et donc la destruction des obligations correspondantes) au fur et à mesure de l’usure, c’est-à-dire de l’amortissement, des richesses dont la production aura été permise par l’émission monétaire, ce qui, évidemment, n’empêche pas l’émission de nouvelle monnaie pour de nouveaux projets.
Commentaires
Non ce n'est pas l'argent qui manque il y a même trop!
Argent moyenne ou but? On connait la reponse.
Quelle est la base commun?
Participer et partager ou se concurrencer mutuellement?
Mais peut être je n'ai pas compris suffisammment la théorème!?
@Peter Hoopman
Oui il y a de l'argent, oui il y a beaucoup d'argent: il n'est pas dans les mains de la "collectivité" (au sens du peuple), mais dans celui d'individualités qui n'ont certainement pas envie de le "risquer" dans des productions non rentables à court terme.
Avec notamment les économistes de la Fondation Nicolas Hulot ( et bien d'autres), je défends l'idée qu'il est nécessaire que la BCE émette chaque année 300 milliards pendant 10 ans (ou, pour la France, 60 milliards) afin d'assurer la transition écologique et énergétique à propos desquelles on nous dit "on ne peut pas le faire, on n'a pas d'argent !!"; c'est contre cette idée que je m'insurge.
RST fait un lien sur mon livre "Argent, dettes et banques" (en cours de réédition, sans doute pour fin avril), mais j'aime aussi cette "démonstration" ci ( http://wiki.societal.org/tiki-index... ) qui est la transcription, sous une forme légèrement différente, d'un chapitre de "les 10 plus gros mensonges sur l'économie" écrit avec Philippe Derudder.
@RST: Ma modestie souffre ...
Ce genre de proposition est toujours la conséquence d'autres analyses qui ont précédé, de bien d'autres auteurs dont je ne me souviens même plus des noms...
Je dirais que ces quelques lignes que tu cites n'est que la synthétisation de lectures et de discussions diverses... Ce "théorème" ne devrait donc pas m'être attribué (je le considère comme collectif), mais toute la Nation devrait se l'approprier.
Merci quand même
"Il faut évidemment par la suite « détruire » cette monnaie"
Pourquoi il faut évidement la détruire? Ce n'est pas prévu dans la réforme 100%monnaie en tout cas.
@ A.J. Holbecq
Merci pour le lien, je vais lire avec intérêt!
Le "Non" a donné la confussion, mais je suis d'accord il y a beaucoup l'argent dans le monde. Mais pas dans la collectivité, comme vous écriviez!
@Tétef
Nous ne parlons pas ici du 100% monnaie, mais d'un financement par la Banque Centrale au bénéfice du Trésor Public, sans nécessité de passer au 100% M ; les banques commerciales gardent donc la possibilité d'augmenter parallèlement la masse monétaire.
On a inscrit cette phrase pour éviter "l'accusation" de créer des risques inflationnistes avec de la monnaie permanente qui vient en plus de la monnaie bancaire (ce qui n'est pas le cas dans le 100% M)
Mais en fait si on considère une émission monétaire affectée à un projet, si cette quantité de monnaie est ensuite détruite (recettes fiscales utilisées pour rembourser la banque de France ) et que ce "théorème" est toujours d'actualité, la même somme (ou supérieure si les autorités n'ont pas de craintes inflationnistes) peut être simultanément réémise pour un autre projet ... la masse monétaire ne variera pas.
Je précise que le 100% M permets de résoudre simultanément de nombreux autres problèmes; à lui va ma préférence.
Pas très loin de ce que je prône (et ca prouve bien que je ne suis pas le premier
)
//1. Une solide majorité des économistes est maintenant d’avis que, même dans un système capitaliste, le plein emploi peut être assuré par un programme de dépenses gouvernementales, étant supposé qu’il existe un plan opérationnel pour employer toute la force de travail existante, et étant supposé un approvisionnement suffisant des matières premières étrangères nécessaires en échange d’exportations. Si le gouvernement entreprend des investissements publics (tels que construire des écoles, des hôpitaux, et des autoroutes) ou subventionne la consommation de masse (par des allocations familiales, une réduction de la taxation indirecte, ou des subventions pour diminuer les prix de produits de première nécessité), et si, en plus de cela, cette dépense est financée par emprunt plutôt que par taxation (qui pourrait impacter négativement l’investissement privé et la consommation), la demande effective pour les biens et services peut être augmentée au point où le plein emploi est atteint. Une telle dépense gouvernementale augmente l’emploi, soit dit en passant, non seulement directement mais aussi indirectement, puisque les meilleurs revenus ainsi obtenus résultent en une seconde augmentation de la demande pour des biens de consommation et d’investissement.
2. Il peut être demandé comment le public trouve-t-il la monnaie pour prêter au gouvernement s’il ne rabote pas sa consommation et ses investissements. La meilleure façon de comprendre ce processus consiste à, je pense, imaginer pour un moment que le gouvernement paie ses fournisseurs avec des bons du Trésor. Les fournisseurs ne vont pas, en général, garder ces bons pour eux mais les mettre en circulation en achetant d’autres biens et services, et ainsi de suite, jusqu’à ce que finalement ces bons du Trésor atteignent des personnes ou des entreprises qui les gardent comme actifs portant intérêts. À chaque intervalle de temps l’augmentation totale en bons du Trésor détenus (provisoirement ou définitivement) par des personnes morales ou physiques égalera les biens et services vendus au gouvernement. Ainsi ce que l’économie prête au gouvernement sont des biens et des services dont la production est “financée” par des bons du Trésor. En réalité le gouvernement paie pour ces services, non en bons du Trésor, mais en liquide, mais il émet simultanément des bons et ainsi draine tout ce liquide ; c’est équivalent au processus imaginaire décrit ci-dessus. Qu’arrive-t-il, toutefois, si le public ne veut pas absorber tous les nouveaux bons du Trésor ? Il les offrira finalement aux banques pour obtenir du liquide en échange (billets ou dépôts) en échange. Si les banques acceptent ces offres, le taux d’intérêt est maintenu. Sinon, le prix des bons chutera, ce qui signifie une augmentation du taux d’intérêt, et cela encouragera le public à détenir plus de bons du Trésor par rapport aux dépôts. Il s’ensuit que le taux d’intérêt dépend de la politique bancaire, et en particulier celle de la banque centrale. Si cette politique vise à maintenir le taux d’intérêt à un certain niveau, cela peut facilement être accompli, quelle que soit la grandeur du montant de l’emprunt gouvernemental. Telle était et est la situation en la présente guerre. En dépit de déficits budgétaires astronomiques, le taux d’intérêt n’a nullement augmenté depuis le début de 1940.
3. Il pourrait être objecté que la dépense gouvernementale financée par emprunt pourrait causer de l’inflation. À cela il peut être répondu que la demande effective créée par le gouvernement agit comme n’importe quelle augmentation de la demande. Si la force de travail, les moyens de production, et les matières premières étrangères sont en approvisionnement suffisant, à l’augmentation de la demande répond une augmentation de la production. Mais si le plein emploi des ressources est atteint et que la demande effective continue à augmenter, les prix vont monter de manière à équilibrer l’offre et la demande pour les biens et services. (En état de sur-emploi des ressources comme nous le constatons à présent dans l’économie de guerre, une pression inflationniste sur les prix n’a été évité que dans la mesure où la demande pour des biens de consommation a été amoindrie par le rationnement et la taxation directe). Il s’ensuit que si l’intervention du gouvernement vise à assurer le plein emploi mais s’arrête net avant d’augmenter la demande effective au-delà du niveau de plein emploi, il n’y a aucune raison d’avoir peur de l’inflation //
(Michal Kalecki (22 juin 1899 – 18 avril 1970) était un économiste polonais. Cet essai a d’abord été publié dans le Political Quarterly en 1943 : merci à http://frappermonnaie.wordpress.com... d'où j'ai extrait ce passage
@ AJH
Kalecki est un économiste qui gagne à être connu. Si je ne me trompe pas, il fait plus ou moins partie de ceux qu'on appelle les "circuitistes".
Laurent Cordonneir a écrit un livre (une sorte de fable économique) : "L'économie des Toambapiks" qui est une illustration des théories de Kalecki. il va falloir que je le relise.
Il y avait aussi le très bon blog d'Ette Rodox qui traitait de ces problématiques et qui est en sommeil : http://des-economistes-et-des-homme...
@ RST
a pu faire régresser la pensée économique au niveau prékeynésien comme l'explique Martin Wolf du New York Times http://frappermonnaie.wordpress.com...
Comme le dit AJH 2, c'est loin d'être le théorème d'AJH, même Milton Friedman l'avait reconnu en son temps !!!! http://frappermonnaie.wordpress.com... Et il n'est pas nécessairement celui qui l'a le mieux formulé. Seul le dogmatisme libéral (cf l'article de Kalecki qu'AJH a lié, merci au passage à AJH pour cette politesse
À l'époque (guerre et immédiat après-guerre), comme le disaient Kalecki et Friedman, il y avait consensus sur ce point. Le grand manitou de ce théorème était Abba Lerner. Ce n'est ni le théorème AJH, ni le théorème JBB, mais la pensée chartaliste : la monnaie n'est que le symbole de la valeur, inscrit sur du papier ou autre, il n'y a pas à aller le chercher au fond d'une mine, ou à l'emprunter, seulement à améliorer l'efficacité de son utilisation.
J'ajoute que le slogan que tu proposes, RST, est malheureux, il faudrait plutôt dire « Il n'y a que le fric qui manque », car nous sommes en état justement de sous-emploi de nos ressources (humaines du moins, la planète, c'est une autre histoire), et qu'on s'échine à ne pas mettre le fric sur la table. Mais bon, le jour où un slogan sera parfaitement explicite, les poules etc.
Bonne continuation à tous
@ Jean-Baptiste B
Si il fallait faire la liste des inventions qui n'ont pas été attribuées à leurs réels inventeurs !!!
En ce qui me concerne, ce théorème restera celui d'Holbecq puisque c'est lui qui me l'a fait découvrir.
En quelques mots, vous pouvez définir ce que c'est que les "chartalistes" ? Quelles sont les différences majeurs avec les "circuitistes" ?
M. Holbecq avec intérêt j'ai lu: http://wiki.societal.org/tiki-index...
J'ai lu pour le moment superficielle et bien sur en passage "de mes propres lunettes".
Entre les lignes j'ai ose de lire:
1. la création de la monnaie est rélative
2. création de la monnaie par l'état au moment le travail se produit
3 pour faciliter la communication économique
4 la monaie peut venir "d'un trou noir" et repartir "dans un trou noir"
Même s'il reste plein des chause-trappes à intégrer, votre petit histoire avec M. Derudder est très utile pour comprendre mieux la (non) fonctionnement de notre système monétaire!
« Comme le dit AJH 2, c'est loin d'être le théorème d'AJH, même Milton Friedman l'avait reconnu en son temps !!!! »
Eh ben, nous voilà sauvé puisque même le grand Milton est d'accord. On repart pour un petit tour d'ultralibéralisme. Rendez-vous à la prochaine crise.
@ Mor
Je n'ai pas tout compris. Le théorème d'Holbecq n'a rien à voir avec l'ultralibéralisme