Fétichistes industriels, tournez-vous qu’on vous enc…
Par RST le samedi, 5 janvier 2013, 17:08 - Macroéconomie - Lien permanent
Bon, je sais, le titre de mon texte est
glauque (mais pas l'image). C’est tout ce que j’ai trouvé pour espérer remonter au classement
ebuzzing (ex wikio), en plus de tabler sur la chute imminente, à ce même classement, du
Blog de Paul Jorion dont le taulier semble tellement désemparé qu’il est venu
récemment poster un commentaire chez moi. Pour en revenir au titre, il m’a été
inspiré par les commentaires à
un texte de Charles Wyplosz publié sur
Telos et repris en boucle par la
blogosphère économique en extase.
Je ne vais pas m’étendre sur le
contenu du texte dont le manque total de nuance n’est qu’un des nombreux
défauts qui lui enlèvent toute crédibilité. Je voudrais juste néanmoins
signaler ce phénomène étrange qui fait que la théorie du complot défendue par
l’auteur passe comme une lettre à la poste chez ses thuriféraires ici
ou là.
Dans ce domaine, il y a vraiment deux poids deux mesures. Lorsque ladite
théorie du complot fait intervenir " (…) les politiques, le patronat et les syndicats. Autrement [dit], tout ce
que la France compte d’influent (…)" ce qui représente, on en
conviendra, pas mal de monde dans la confidence, personne ne semble y trouver rien à redire. Par contre, quand un
malheureux ose envisager un complot ourdi par beaucoup moins de monde, comme au
hasard, par …les banquiers, là il y aura toujours de bonnes âmes pour l’accuser
des pires crimes de la terre. Mais bon, c’est comme ça, la vie est injuste.
Mais l’essentiel n’est pas là.
L’essentiel il est en fait résumé brillamment par un commentateur dénommé
Arthur (c’est original) que je vais citer in extenso (c’est du latin) car
il expose le problème bien plus finement et diplomatiquement que je n’aurais
jamais pu le faire:
« Une petite question en passant : le jour où, grâce aux conseils judicieux de toux ceux qui ne se laissent pas abuser par le fétichisme industriel, nous ne produisons plus du tout d’acier ou de voitures, mais des coiffeurs, des banquiers et des webmasters dans ce qui sera devenu un gigantesque Disneyland et que ceux qui produisent l’acier ou les voitures nous disent ok,on va vous en vendre mais d’abord tournez-vous qu’on vous enc…, on fait quoi , on se tourne ?Je sais, c’est une question compliquée pour un économiste »
C’est effectivement une question tellement compliquée, que tout ce qu’a trouvé à répondre l’économiste de service sur Econoclastes (voir la copie d'écran en annexe) c’est, je cite : « Vous pensez vraiment qu'ils peuvent enculer Minnie à mort ? Ça, un économiste le comprend. Pas vous. ». C’est sans doute la version moderne du dicton « tout ce qui ne vous tue pas, vous rend plus fort ». Et bien elle fait mal au cul !
Commentaires
Salut,
Heureusement que vous avez fait une copie pdf des commentaires sur econoclaste, parce que l'échange a disparu. En revanche, sur la copie pdf, en bas, on peut lire "Arthur" dans ajouter un commentaire. Comment l'avez-vous eu celui là ?
@ Jabus
Un virus sans doute ?
Bonsoir Rst,
autre forme d'humour, celle d'Husson répondant à un texte dans lequel Wyplosz l'avait traité d' "idéologue inconnu du monde académique se livrant à une critique incompétente".
http://hussonet.free.fr/charles.htm
Vous n'etes pas très nuancé non plus. C'est assez paradoxal, d'habitude les gens ralent parce qu'il y a trop d'importation et on cherche plein de moyens protectionnistes pour éviter ça. Maintenant, on ne voudrait plus rien nous vendre.
Si il y a échange, c'est que chacune des parties y trouvent un intéret. Ne pensez-vous pas qu'on a aussi des arguments en dehors de nos industries ? Et si vraiment on manque de quelque chose, ne pensez-vous pas qu'une bonne ame profitera de l'opportunité pour refaire un business? L'économie a une propriété intéressante, c'est qu'on n'est pas obligé de tout controler.
Personnellement, je n'ai pas de réponse à cette problématique mais je pense que ça mérite un peu plus de réflexion qu'un rejet automatique.
@ Cogimo
Bonsoir à vous.
Je suis rassuré de voir que quand 2 économistes s’engueulent, ils ne font pas spécialement dans la finesse. J’ai encore de la marge
Ceci étant dit, je ne suis pas spécialement fan de Michel Husson qui n’est effectivement pas, pour ce que j’en ai entendu dire, un modèle d’ouverture d’esprit.
@ jefrey
Vous êtes maso
Je ne suis effectivement ni toujours très nuancé, ni toujours de très bonne foi. C’est précisé dans la page de bienvenue.
Ceci étant dit, dans le cas présent, je ne pense pas que la nuance soit de mise. Tout ce que je dis c’est que notre indépendance va de paire avec notre capacité à produire ce qui est indispensable pour notre développement voire notre survie. Décider que nous pouvons nous passer entièrement d’industrie est une folie que nous payerons un jour. Il n’y a pas que des considérations pseudo-économiques de court terme dans la vie. Il y aussi des considérations géopolitiques.
@RST
Pourquoi je suis maso ?
Franchement, sans etre excessif (i.e. plus aucune industrie) vous ne pensez pas que c'est du gaspillages de subventionner des industries sur le déclin. Ne vaut-il pas mieux investir dans des domaines en pleines croissance qui pourront justement devenir nos atouts ? Ce ne sont pas des considérations de court terme mais justement de long terme. C'est notre future croissance qui est en jeu.
Et puis, qui peut se targuer d'etre independant ?
Si pour vous une industrie sur le déclin est une industrie dont plus personne n'a besoin, on peut laisser tomber. Si cette industrie produit des chose qui nous sont nécessaires, nous devons réfléchir au risque que nous prenons de laisse à d'autres le soin de les produire pour nous.
Bien sûr que nous ne pouvons être totalement indépendant mais entre l'autarcie et l'esclavage,il y a des possibilités intermédiaires.
Je ne crois pas une seconde que la France puisse continuer à être la France en devenant un gigantesque Disneyland ou l’hôpital du continent comme le propose Askenazy : http://ecodemystificateur.blog.free...
Bien d'accord avec RST mais aussi en partie avec Jeffrey.
Il faut investir dans des domaines en pleines croissance qui pourront justement devenir nos atouts, mais il faut AUSSI investir dans et subventionner les domaines nécessaires à notre indépendance nationale, même s'ils sont "déficitaires".
Ok RST. On pourrait résumer les choses de cette façon :
- La spécialisation comprend des bénéfices
- En se spécialisant, on accepte cependant de déléguer la production de biens relatifs à nos besoins à des tiers.
- En faisant cela, il existe un risque, d'une probabilité inconnue a priori, que les tiers nous fassent défaut.
Dans le cas d'un bien, si la probabilité que tous les tiers pouvant potentiellement produire ce bien nous fassent défaut est telle que le cout associé est supérieur au bénéfice de la spécialisation, alors il vaut mieux produire ce bien soi-meme.
C'est dans l'estimation de cette probabilité et des gains liés à la spécialisation que les avis divergent.
Il y a cependant un autre problème, comment définir les biens nécessaires ?
@ jefrey
C'est là qu'on voit les limites du discours purement économique. Les calculs des "bienfaits de la spécialisation" prennent-ils en compte les coûts annexes, ce que je crois les économistes appellent parfois les externalités ? Il ne s'agit pas (ou pas que) de calcul de probabilité mais de vision politique à long terme. Déterminer ce qui est nécessaire à notre indépendance est une action politique qui s'appuie, entre autres, sur des considérations économiques mais aussi sur une vision géopolitique, un projet de société.
Tu as raison RST! Je n'arrête pas de dire que notre indépendance n'est pas quantifiable : il vaut mieux perdre un peu d'argent en nationalisant une production non rentable mais indispensable que de se retrouver un jour sans possibilité de se fournir ce dont nous avons un besoin "stratégique" : la compétence ne se retrouve pas facilement et une ligne de production est longue à mettre en place.
Ce n'est que du bon sens tout cela, pas un calcul de coût marginal
@RST
"Déterminer ce qui est nécessaire à notre indépendance est une action politique qui s'appuie, entre autres, sur des considérations économiques mais aussi sur une vision géopolitique, un projet de société."
D'où ma question, comment déterminer ce qui est nécessaire ou indispensable ?
@A-J Holbecq
"la compétence ne se retrouve pas facilement et une ligne de production est longue à mettre en place"
Entièrement d'accord. Si vous me connaissiez, vous seriez que je suis le premier à remettre en cause la théorie standard pour ça. La désinvention, ça existe !
Ceci dit, j'en reviens toujours à ma question, comment définir ce qui est indispensable ?
Je vais préciser un peu. Comme évoqué avant, le savoir-faire, ça se perd donc il n'y a pas de raison pour que les coûts liés au risque de défaut n'intègre pas ce paramètre (difficilement quantifiable je suis d'accord).
Par rapport aux externalités, comme vous le savez je ne m'arrête pas à la théorie standard, donc je suis tout oui pour écouter quelles externalités et quels coûts
Au niveau individuel, nous faisons tous le choix de se spécialiser et donc laissons le soin aux autres de produire pour nous. Même au niveau national, il y a des risques que l'on se fasse "entuber" : cartels en tout genre, dictateurs, etc.
Il y a des considérations géopolitique, c'est sûr, comme il y a des considérations régionales ou locales.
Je fais cependant confiance au hommes pour chercher leur profit et je pense que la meilleure stratégie pour le long terme reste de continuer les échanges.
@ jeffrey
Nous avons tous des idées de ce qui doit être considéré comme indispensable. Le choix final devrait procéder d'un acte démocratique: un référendum par exemple ?
Sur la spécialisation qui serait nécessaire, un contre exemple : la Corée (du sud). du téléphone, à la grue en passant par la voiture et la télévision, de l'industrie pétrolière à l'industrie nucléaire ,...., elle produit pratiquement tout !
@RST
"Nous avons tous des idées de ce qui doit être considéré comme indispensable"
Tout à fait et c'est pour ça que le marché est en général mieux placé pour remplir cet objectif. Le problème avec un référendum ou tout autre processus démocratique et qu'il y aura forcément quelque part quelqu'un d'insatisfait.
"Sur la spécialisation qui serait nécessaire, un contre exemple : la Corée (du sud). du téléphone, à la grue en passant par la voiture et la télévision, de l'industrie pétrolière à l'industrie nucléaire ,...., elle produit pratiquement tout !"
D'accord, je n'ai jamais dit que la spécialisation était nécessaire. On parle plutôt ici de savoir si il faut oui ou non aller à l'encontre du développement économique observé. Si il advient que plus personne ne veut acheter de voiture française est ce qu'il faut oui ou non maintenir coûte que coûte cette activité ? Il y a cependant encore un autre problème, comme tous les composants ne sont pas fabriqués en France de quoi parle t-on finalement, l'assemblage uniquement ?
@Jeffrey
Je pense que pour déterminer ce qui doit être considéré comme indispensable (pour le superflu ce n'est pas grave) il faut se mettre dans le cas théorique d'une guerre ou d'un blocus économique.
Il faut par exemple garder une chaîne de fabrication de A à Z complète de véhicules et de tous ses composants (on en a besoin civilement et/ou militairement), d'avions, de bateaux, de tracteurs, des réseaux téléphoniques, des moyens de communication , l'alimentaire diversifié, au moins une partie de l'énergie fossile, le sanitaire et les équipements de sante, etc, etc, vous voyez ce que je veux dire ,.. En se mettant dans ce contexte on évitera de faire des erreurs et d'abandonner la capacité de fabriquer ce qui un jour peu devenir indispensable ou "stratégique""
@ A-J Holbecq
C'est une solution et effectivement c'est dans ce genre de situation que les biens essentiels peuvent émerger. mais cela revient à imposer une liste de bien a priori difficilement tenable. Si les français ne veulent plus acheter de voitures françaises car elles ne correspondent plus à leur besoin, il va être difficile de continuer à faire tourner une entreprise dans le vent. En revanche on pourrait disposer d'une recherche de pointe dans une sous-partie, les moteurs par exemple et de ce fait détenir des atouts sur la marché important des technologies.
Mais c'est bien que vous parliez de guerre car à mon avis, et en supposant que ce soit le reste du monde contre la France, c'est le seul cas où on risque de rencontrer des problèmes de production "indispensable".
Quoiqu'il en soit, je pense que l'on a déjà bien discuter et le débat peu s'arrêter là (de mon côté, je ne cherche pas à convaincre, mais juste à réfléchir un peu). A moins que voussouhaitez continuer
Juste un tout petit point, Jeffrey. Quand je parlais de guerre je ne pensais pas à "tous contre la France" mais des difficultés du commerce international (et donc d'approvisionnement ) dans ce cas de figure.
@A-J Holbecq
Oui, j'avais compris. Mon exemple était juste pour illustrer la situation qui, a mon avis, pourrait conduire à un problème d'accès aux biens.