Le bénévolat, un bisness comme les autres ?
Par RST le samedi, 23 février 2013, 14:41 - Macroéconomie - Lien permanent
Dans « Les
10 plus gros mensonges sur l’économie », livre remarquable réédité en
2012 et dont j’aurai l’occasion de vous reparler dès que je l’aurai fini, les
auteurs, P.Derudder et A.J.Holbecq nous rappellent que "les activités bénévoles font baisser le PIB".
Mais cela est peut-être en train de changer. L’une des caractéristiques de
notre époque étant de "marchandiser" tout ce qui peut l’être, le
bénévolat ne pouvait espérer échapper plus longtemps à cette calamité qui convertit
toute chose en valeur comptable. Il fut une époque où l’on a pu transformer
l’eau en vin et considérer cela comme un miracle. De nos jours, tout ce qui
compose notre univers semble avoir comme destin d’être métamorphosé en monnaie,
sans que nous semblions vraiment réaliser que cette transmutation diabolique –
au sens religieux d’inspiré par l’esprit du Mal – nous conduit à notre perte.
Des signes récents me font supputer que le bénévolat est hélas amené à
connaître ce sort funeste.
Rappelons d’abord que ce que nous risquons bientôt d’être obligés d’appeler le "bénévolat bisness" a un illustre cousin en la personne du charity business. De « we are the world » à Bernard Kouchner, en passant par le scandale de l’ARC, l’histoire récente nous a permis de constater toutes les dérives que peuvent entraîner l’accaparement de l’action humanitaire par le "monde économique" – concept générique englobant tous ceux, artistes, entrepreneurs, politiciens, …, dont la finalité est de "faire du fric". Or ne voila-t-il pas que ce "monde économique" commence à pointer le bout de son nez dans un domaine de l’activité humaine encore, selon ma modeste expérience, relativement épargné par la course à la rentabilité et où les motivations des "agents économiques" ne sont pas nécessairement celles décrites par la doxa orthodoxe. Elles peuvent d’ailleurs, soit dit en passant, ne pas être toujours plus nobles, le domaine du bénévolat hébergeant en son sein un certain nombre d’individus passablement dérangés.
Toujours est-il qu’après le footballeur David Beckham à qui la rumeur a prêté l’intention de jouer "bénévolement" au PSG – et je ne m’étendrai pas plus sur ce cas, tellement j’en suis arrivé à haïr le football et tout ce qu’il représente – voila que nous apprenons maintenant que Ségolène Royale vient d’être nommée vice-présidente de la BPI, fonction qu’elle exercera, semble-t-il, sans rémunération et donc … bénévolement. Nous voyons bien là tout le dévoiement qu’entraîne la référence à une activité bénévole. Car qui peut croire que, si cette nomination avait eu la moindre justification, sa bénéficiaire n’aurait pas reçu la juste rémunération que mérite tout travail ? Ce n’est que parce qu’elle a été parachutée et qu’elle cherche à limiter les critiques, notamment autour de ses compétences pour exercer ce rôle, que S.Royale prétend bosser à l’œil. Elle porte ainsi préjudice à l’image du bénévolat pratiqué par ceux qui considèrent que l’absence de rémunération est une condition essentielle et non un moyen d’exercer leur activité.
N’ayant pas la prétention de faire une thèse sur le sujet, je m’arrêterai là, non sans remarquer que la situation que je décris a peut-être des origines plus profondes. Il y a longtemps maintenant que la frontière entre secteur marchand et bénévolat est poreuse. Je ne prendrai qu’un seul exemple : le parc d’attraction le Puy du Fou ne pourrait survire sans l’apport de ses milliers de bénévoles. Doit-on considérer que ce genre de modèle économique est viable, chacun ayant son rôle à jouer, ou allons nous assister, avec l’intrusion des vedettes médiatico-sportivo-politico-économiques à l’avènement du "bénévolat bisness" avec toutes ses conséquences néfastes ?
Commentaires
Oui, terrible destin, que le trafic de toutes choses. A terme c'est la mort de la cité. Nous y sommes presque, si ce n'est même déjà puisque vous montrez que la "volonté du bien" elle aussi se monnaie, c'est-à-dire se perd. Triste.
Bonjour RST
La doxa orthodoxe comme vous dites utilise le concept d'utilité pour analyser le choix des gens, ce qui n'inclus pas forcément une rémunération monétaire. Une personne bénévole (dans le sens noble du terme) a cette activité parc que cela lui rapporte une utilité (elle aime rendre service par exemple). Pour Ségolène Royale, cela est un moyen de se faire de la pub par exemple.
Le vrai problème de l'humanité, c'est pas l'argent en lui même, mais le fait de toujours vouloir plus, d'avoir des envies (que l'on peut combler majoritairement par l'argent).
Les altruistes peuvent parfois être les pires "self-interested" tellement le fait de rendre service leur donne bonne conscience.
Du point de vue de la théorie économique, en termes de fonctionnement, il n'y a pas de frontière entre le secteur marchand et non marchand, les deux sont régis fondamentalement par la "fonction d'utilité" des gens.
De nos jours, une grande part du bénévolat s'est déplacé dans la sphère Internet. Vous en fait partie d'ailleurs avec votre blog.
@ admin
Le système actuel pervertit tout
@ jefrey
Le concept d’utilité est un de ces concepts fumeux de plus inventé par les économistes qui ont même réussi à le mettre en courbe. Le problème c’est que, sauf dans des cas très précis, l’utilité ne se mesure pas !
D’accord avec vous sur le fait que nos envies ne sont pas maîtrisées. Merci qui ? Merci la pub, véritable cancer des temps modernes.
D’accord aussi sur le fait que l’on trouve de tous chez les bénévoles comme je le dis dans mon texte.
Pas d’accord par contre sur le fait que pour la théorie économique, il n’y aurait pas de frontière entre les secteurs marchand et non marchand : aux yeux de la théorie économique, le secteur non marchand n’existe tout simplement pas.
Enfin, je ne vois pas en quoi je ferais du bénévolat au travers de mon blog. Je n’en fais pas plus que la personne qui écrit son journal intime sur un cahier.
@RST (réponse à Jeffrey)... Clap, clap, clap
Il n'est pas forcément nécessaire de pouvoir mesurer l'utilité, l'idée est juste de dire que si on fait quelque chose, cela a quelque part une utilité pour nous.
Concernant le secteur marchand / non marchand, tout dépend de ce que vous entendez par ces termes. Si le secteur marchand est l'intégration de la monnaie, alors toute la théorie économique standard peut se faire sans (comme vous le savez). J'ai fais mon mémoire de master sur les communautés open source qui me semble pas être marchandes.
Mais vous n'avez pas totalement trop en disant que le secteur non marchand n'existe pas car implicitement, même sans monnaie, on donnera une valeur à l'objet de l'échange (par le biais de l'utilité). C'est pourquoi tout dépend de ce que l'on entend par marchand.
Enfin, je pensais que vous aviez un certain objectif d'information avec votre blog. Si vous ne le voyez que comme un journal intime alors oui, vous ne faites pas de bénévolat (cela reste une drôle de façon de tenir un journal intime
).
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