Le président de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité et de l'Alliance européenne pour l'éthique en publicité commence plutôt bien, en reconnaissant que  "la crise financière et économique que nous vivons est aussi une crise de la règle : la régulation a mal fonctionné". C’est à peu près la seule chose de censée que j’ai pu trouver dans tout le texte, car pour le reste, on hésite entre le foutage de gueule assumé et l’habituelle mais toujours aussi insupportable propagande néolibérale.

Qu’on en juge. D’entrée de jeu, Monsieur Teyssier s’interroge sur la nécessité de la régulation de l’économie – qui  selon lui, doit être une exception – et fait une distinction, à ses yeux fondamentale, entre la régulation publique et la régulation privée. Pour s’assurer que nous comprenons bien, il donne en exemple de régulation privée les règles qui prévalent dans le sport. Il appelle cela l’autorégulation. Et là surgissent mon premier point de désaccord et un  fort soupçon que notre éditorialiste cherche à entretenir, à dessein, une certaine confusion. L’autorégulation ce n’est pas le fait que la Fédération internationale de football décide des règles qui seront appliquées pendant un match de football. L’autorégulation c’est quand les joueurs, se passant d’un arbitre, décident eux-mêmes des règles qu’ils appliqueront pendant le match. Et bien évidemment, ça ne marche pas ! Ce qui est important ici,  ce n’est pas tant que la régulation soit privée ou public (quoi que …) mais plutôt qu’elle existe, qu’elle soit appliquée et qu’elle soit … contrôlée.

Le plus extraordinaire c’est que, dans le même élan, Teyssier se contredit sans sourciller en déclarant sans rire que l’autorégulation : "c'est une régulation professionnelle qui doit permettre à un secteur de se comporter comme le souhaite la société". Et on fait comment pour savoir ce qu’elle souhaite, la société ? On demande à TF1 de faire un sondage ? Ne serait-ce pas plutôt en élisant des députés qui sont censés faire des lois ? Cela ne revient-il pas à dire que la seule régulation qui vaille, même quand elle est « auto », c’est la régulation publique ?

Teyssier essaye ensuite de nous faire croire que "dans le secteur financier et bancaire, les dysfonctionnements qui ont été observés proviennent aussi bien de la régulation publique que de la régulation privée". Manque de pot, comme il l’explique lui-même ce n’est pas la régulation publique en tant que telle qui pose problème  mais bien l’absence de moyens pour en assurer la bonne exécution alors que clairement, "la crise a révélé des règles inadaptées" dans le cas de la régulation privée ! On reste stupéfait devant tant de contradictions entre les propos et les intentions et face à cette prouesse qui consiste à démontrer l’exact contraire de ce que l’on cherche à prouver !

Après avoir vainement tenté d’établir que la faute est équitablement partagée entre la régulation publique et la régulation privée, Teyssier nous propose un nouveau concept qui devrait faire fureur : la corégulation.  Je régule, tu autorégules, nous corégulons ! Ne me demandez pas ce que c’est, je n’ai pas compris … Le reste du texte est de la même veine, avec l’utilisation de concepts plus fumeux les uns que les autres comme la « gouvernance horizontale » ou la régulation qui devient à « double entrée » !  L’objectif final de tout ce charabia apparait alors clairement : discréditer une fois de plus le rôle de l’Etat dans notre pays qui, comme chacun le sait maintenant, doit  vivre avec "le handicap de sa longue tradition étatiste". Sauf erreur de ma part, le haut fonctionnaire Jean-Pierre Teyssier en a bien profité de l’Etat, ce qui ne l’empêche pas visiblement de cracher dans la soupe.