Il y a ensuite les définitions plus élaborées, conclusions d’une démarche intellectuelle visant à définir l’économie en fonction de son fonctionnement pratique et des résultats qu’elle produit. Ainsi pour Pierre-Noël Giraud, "L'économie construit des modèles explicatifs et prédictifs des processus de création et de répartition de la richesse matérielle dans les sociétés capitalistes".

Il y a enfin les définitions plus politiques qui ne considèrent pas l’économie comme détachée de la condition humaine. Jacques Généreux dirige la collection "Economie humaine" aux éditions du Seuil (dans laquelle ont été publiés des gens comme Pierre-Noël Giraud ou Paul Krugman). Il propose dans une sorte d’avant-propos que j’ai trouvé fort pertinent et que je reproduis ci-dessous, les principes de ce qu’il appelle l’économie humaine, la seule qui vaille, la seule qui soit vraiment utile à l’homme, la seule qui m’intéresse.

Par « Economie humaine », nous entendons exprimer l’adhésion à une finalité et à une méthode. La seule finalité légitime de l’économie est le bien-être des hommes, à commencer par celui des plus démunis.  Et, par bien-être, il faut entendre la satisfaction de tous les besoins des hommes; pas seulement ceux que comblent les consommations marchandes, mais aussi l’ensemble des aspirations qui échappent à toute évaluation monétaire : la dignité, la paix, la sécurité, la liberté, l’éducation, la santé, le loisir, la qualité de l’environnement, le bien-être des générations futures, etc.

Corollaires de cette finalité, les méthodes de l’économie humaine ne peuvent que s’écarter de l’économisme et du scientisme de l’économie mathématique néoclassique qui a joué un rôle central au XXe siècle. L’économie humaine est l’économie d’un homme complet (dont l’individu maximisateur de valeurs marchandes sous contrainte n’est qu’une caricature), d’un homme qui inscrit son action dans le temps (et donc l’histoire), sur un territoire, dans un environnement familial, social, culturel et politique ; l’économie d’un homme animé par des valeurs et qui ne résout pas tout par le calcul ou l’échange, mais aussi par l’habitude, le don, la coopération, les règles morales, les conventions sociales, le droit, les institutions politiques, etc.

L’économie humaine est donc une économie historique, politique, sociale et écologique.  Elle ne dédaigne pas l’usage des mathématiques comme un langage utile à la rigueur d’un raisonnement, mais refuse de cantonner son discours aux seuls cas où ce langage est possible.  Au lieu d’évacuer la complexité des sociétés humaines (qui ne se met pas toujours en équation), l’économie humaine s’efforce de tenir un discours rigoureux intégrant la complexité, elle préfère la pertinence à la formalisation, elle revendique le statut de science humaine, parmi les autres sciences humaines, et tourne le dos à la prétention stérile d’énoncer des lois de la nature à l’instar des sciences physiques.
Le projet de l’économie humaine est un projet ancien, tant il est vrai que nombre des fondateurs de la science économique ont pensé celle-ci comme une science historique, une science sociale, une science morale ou encore psychologique. Mais ce projet est aussi un projet contemporain qui constitue le dénominateur commun de bien des approches (post-keynésiens, institutionnalistes, régulation, socioéconomie, etc.) et de nombreuses recherches (en économie du développement, de l’environnement, de la santé, des institutions ; en économie sociale, etc.)

On peut alors souhaiter que cette définition soit partagée par la toute nouvelle Association Française d’Economie Politique (AFEP) dont nous parle G.Raveaud ici et qui défend des thèses qui ne paraissent pas tellement éloignées de celles de J.Généreux.